LA VEUVE JOYEUSE (1925)

LA VEUVE JOYEUSE (1925)

THE MERRY WIDOW

Un mélodrame de Eric Von Stroheim

136  mn

Avec Mae Murray, John Gilbert, Roy D'arcy, Tully Marshall, Josephine Cromwell, George Fawcett, Albert Conti, Sidney Bracey, Clark Gable
Scénario de Eric Von Stroheim
D'après Victor Leon
Musique de David Mendoza, William Axt
Photo de Oliver T. Marsh
Produit par Irving G. Thalberg

RESUME
Le prince héritier du royaume de Monteblanco et son cousin, convoitent une jeune danseuse de music hall. Ce sera le cousin qui aura ses faveurs, mais indigne d’un prince, elle épousera finalement un vieillard, le citoyen le plus riche du royaume.

COMMENTAIRE
Passons sous silence les errements liés à la création de ce film - errements qu’on a l’habitude d’associer à l’exigence maladive de Eric Von Stroheim - pour s’arrêter sur l’œuvre elle-même. Qu’importe les relations tendues entre le producteur, Irving G. Thalberg et Stroheim, ou la mésentante de ce dernier avec John Guilbert, retenons que le film est une réussite, et surtout, qu’il recèle un style unique imputable à un réalisateur hors norme. Un style qui se caractérise avant tout par une véritable jubilation à construire des personnages pervers. Composé avec le plus grand soin par Stroheim, le méchant est le personnage le plus fascinant de ses films. Il n’est pas uniquement une représentation de l’amoralité, c’est avant tout un être pervers et déséquilibré. Roy D'arcy, le prince héritier, qui incarne ici avec talent cette figure, est sadique lorsqu’il frappe gratuitement un vieillard impotent, sardonique lorsqu’il rit des déconvenues de son cousin, fétichiste lorsqu’il focalise sur les souliers de la femme convoitée. C’est sans retenue que Stroheim brosse un tableau abject du personnage. Et on reconnaît là un caractère qui transparaît dans tous ses films, dans l’avare des « rapaces » ou dans l’officier de « Folies de Femmes » pour les plus symptomatiques. Il traite son histoire avec un excès comparable à celui dont il rehausse ses personnages de méchant : les souffrances qu’il fait endurer à ses héros relèvent du pur sadisme, de la même manière, la quantité de gros plans sur les souliers de Mae Murray révèle un certain fétichisme. Quant à l’aspect sardonique, on le retrouve par exemple lorsqu’il fait périr le prince héritier dans une flaque boueuse alors qu’il a pris soin, durant tout le film, de nous le montrer tentant de les éviter. Une forme d’ironie, voulue ou non, se dégage d’une telle approche. Il semble légitimer par des clins d’œil formels le comportement fourbe de ses protagonistes.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33