LA VIPÈRE

LA VIPÈRE

LITTLE FOXES

Un drame de William Wyler

116  mn

Avec Bette Davis, Herbert Marshall, Teresa Wright, Richard Carlson, Dan Duryea, Patricia Collinge, Charles Dingle, Carl Benton Reid
Scénario de Lillian Hellman
D'après Lillian Hellman
Musique de Meredith Wilson
Photo de Gregg Toland
Produit par Samuel Goldwyn

RESUME
Dans le Sud en 1900, deux frères et leur sœur s'engagent à constituer un capital pour monter une fabrique. Or la sœur n'a pas les fonds et doit faire appel à son mari malade. Homme intègre, celui-ci refuse de participer à cette affaire douteuse.

COMMENTAIRE
Conflit familial dans une Louisiane du début du siècle, ce sujet que beaucoup n’auraient pas su rendre intéressant, devient entre les mains de William Wyler un beau moment de psychologie. Il suffit d’observer le personnage secondaire interprété par Dan Duryea, qui fait sa première apparition au cinéma ici, pour s’en convaincre. Fils niaiseux d’un aristocrate calculateur, minable guichetier dans une banque, le personnage renvoie une médiocrité et un manque de discernement jubilatoire. On comprend que le rôle ait propulsé la carrière de Duryea ! Par opposition on trouve une délicieuse Patricia Collinge dans le rôle de sa mère. Pianiste à ses heures, la dame exprime toute la gentillesse qu’un univers mesquin et intéressé a utilisée, puis négligée sans ménagement. Son pendant masculin, plus difficilement contrôlable, est incarné par cet homme malade joué par Herbert Marshall, dont le jeu souffreteux colle parfaitement au personnage, pour une fois. Il se confronte à une Bette Davis dont l’ambiguïté, les motivations venimeuses, les inquiétantes dispositions finissent par apporter tout son attrait au récit. Face à elle dans le rôle de la fille, Teresa Wright, qui débute également sa carrière cinématographique avec ce film, est incontestablement plus fade. Mais peut-être fallait-il ce type de caractère pour donner davantage de relief aux autres ! Outre cette direction d’acteurs parfaitement maîtrisée, ce sont les décors, la reconstitution de ce Sud privilégié qui apportent son cachet à « La vipère ». Là où habituellement une production de Samuel Goldwyn a quelque chose d’appliqué et de confiné, elle gagne ici, sous le contrôle de Wyler, en ampleur et en richesse. Le cinéaste n’hésite pas à reconstituer des rues entières pour avoir des plans d’extérieurs qui estompent le côté théâtral. De même, avec l’aide de son chef opérateur Greg Toland - qui se libère totalement cette année-là avec « Citizen Kane » - il exploite à outrance les possibilités de la caméra. Est-ce que la scène où Davis ne réagit pas aux implorations d’un mari en train d’agoniser aurait eu cet impact si la profondeur de champ n’avait pas été utilisée aussi judicieusement ? Davis au premier plan, alors que son mari, visible dans le fond de l’image de façon floue, tente de grimper des escaliers pour atteindre des médicaments salvateurs, révèle le caractère malsain de l’héroïne avec une fulgurante efficacité. Notons au passage que la profondeur de champ, très exploitée par Wyler et Toland, ne prend pas sa forme habituelle dans cette scène. Alors que les deux hommes s’évertuent habituellement à faire que les différents plans de l’image où se déroule l’action demeurent toujours nets, prouesse obtenue à coups de puissants éclairages, ils exploitent sciemment ici le flou apparaissant après l’épaisseur d’une profondeur de champ « normale ».

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