VISAGES D'ORIENT

VISAGES D'ORIENT

THE GOOD EARTH

Un drame de Sidney Franklin

132  mn

Avec Paul Muni, Luise Rainer, Walter Connolly, Tilly Losch, Charley Grapewin, Jessie Ralph, Keye Luke, Harold Huber, Olaf Hytten
Scénario de Tess Slesinger, Claudine West, Talbot Jennings
D'après Pearl S. Buck
Musique de Herbert Stothart
Photo de Karl Freund
Produit par Irving G. Thalberg

RESUME
@P@B.En Chine, un jeune et pauvre cultivateur épouse une humble servante. Ils auront trois enfants et, travaillant dur, ne tarderont pas à améliorer leur situation. Mais un jour, une terrible sécheresse s’abat sur eux et anéantit leurs efforts.

COMMENTAIRE
Si l’on en croit le panneau d’introduction, « Visage d’orient » est le dernier grand film produit par Irving G. Thalberg avant que celui-ci ne disparaisse à seulement 37 ans d’une pneumonie. Alors qu’il est à l’origine des plus ambitieuses et des plus originales productions MGM des années trente, ce panneau en forme d’hommage posthume est l’une des seules fois où son nom apparaîtra au générique d’un film. A nouveau, le résultat tranche avec tout ce qui se fait à l’époque. Tiré d’un roman de Pearl Buck qui reçut le prix Pulitzer en 1932, l’histoire relate l’ascension d’une famille de paysans chinois confrontée à la pauvreté, aux calamités naturelles et à la révolution. Véritable saga se déroulant sur plusieurs décennies, elle s’attache à reconstituer un univers oriental et agraire comme on ne l’avait jamais vu auparavant. Car non seulement Hollywood n’a pas l’habitude de s’intéresser à la dure condition paysanne (« Les raisins de la colère » sera novateur de ce point de vue), mais encore moins à des héros qui ne sont pas des occidentaux. En même temps, ce film où tous les protagonistes sont des paysans chinois immergés dans un environnement qui nous est inhabituel, possède toutes les caractéristiques du cinéma américain. La facture, le faste, les préoccupations, la morale, cette façon caricaturale de traiter tout ce qui n’est pas de type européen, est typiquement hollywoodien. A l’image de Paul Muni grimé en Chinois - dont le personnage aspire à la réussite selon le modèle américain, tout en observant des coutumes maritales archaïques -, cette approche occidentale de la culture orientale engendre une œuvre chimérique étonnante, d’autant plus étonnante qu’elle s’attache à une région lointaine et mal connue. Comme la plupart des productions de Thalberg, le soin apporté au film est exceptionnel. Outre la présence d’acteurs en vogue à l’époque (Muni et Louise Rainer ont tous deux été récompensés par un Oscar l’années précédente), on découvre une Chine rurale séduisante - mis en valeur par un chef opérateur qui recevra l’Oscar pour son travail. De même que les scènes d’actions (les mouvements de foules lors du soulèvement populaire ou l’attaque des sauterelles), véritables séquences de bravoure, demeurent impressionnantes. Reste toutefois le traitement des personnages, et en particulier celui de Muni. Plus que des êtres incultes et frustes, ils paraissent stupides et limités. Le jeu outrancier de Muni ne fait que confirmer cette impression, impression qui a le fâcheux effet de diminuer la compassion qu’on ressent à son égard. Commencé par George W. Hill qui se suicide en 1934, « Visage d’orient » se révèle malgré tout l’une des meilleures réalisations de Sidney Franklin qui n’a, il est vrai, jamais brillé par son talent. Enfin, chose exceptionnelle, le film vaudra à son actrice principale de remporter l’Oscar pour la deuxième fois consécutive.

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