VOL DE NUIT

VOL DE NUIT

NIGHT FLIGHT

Un film d'aventures de Clarence Brown

85  mn

Avec John Barrymore, Helen Hayes, Clark Gable, Lionel Barrymore, Robert Montgomery, Mirna Loy, William Gargan, C. Henry Gordon, Leslie Fenton, Harry Beresford, Frank Conroy, Dorothy Burgess, Irving Pichel, Helen Jerome Eddy
Scénario de Oliver H. P. Garrett
D'après Antoine de Saint-Exupéry
Musique de Herbert Stothart
Photo de Oliver T. Marsh
Produit par David O. Selznick

RESUME
En Amérique du Sud, une compagnie de l'aéropostale entreprend ses premiers vols de nuit. Partant de Santiago et du sud de la Patagonie, deux courriers doivent rejoindre de nuit Buenos Aires. De là, un autre avion prendra le relais et partira pour Rio.

COMMENTAIRE
Prises à très basse altitude - parfois trop basse pour être réalistes -, et se succédant en utilisant des effets de transition respectant la vitesse d’un avion, ces vues aériennes de scènes campagnardes dans le soir cherchent de toute évidence à traduire la poésie du livre de Saint-Exupéry. Ajouté à certains plans d’avion - ou de descente en parachute - qui s’éternisent, ainsi qu’au comportement de pilotes en vol, la musique aidant, le film a par moment quelque chose d’élégiaque, d’universel, qui rappelle l’esprit du roman. En phase avec le livre, « Vol de nuit » s’intéresse plus à l’épopée humaine qu’au drame individuel, comme le fait par exemple « Tête brûlée », film de John Ford sorti l’année précédente et dont le thème est analogue. De même que le fameux Rivière, le patron de l’aéropostale qui a décidé d’organiser ces vols de nuit, est parfaitement rendu par un John Barrymore déterminé et intraitable. Il est souvent filmé en contre-plongée. Il se dégage alors de lui une impression de puissance ayant pour effet d’exacerber sa forte personnalité. Ceci étant, le film possède aussi ce côté édifiant du cinéma américain. C’est en particulier ce sérum qui doit traverser rapidement le continent pour sauver un enfant condamné à court terme. Ayant vocation à donner un sens aux sacrifices des pilotes de l’aéropostale qui feront que ce colis salvateur parvienne à temps à son destinataire, cette dramaturgie se révèle en effet quelque peu pompeuse. Et puis en toile de fond, annonçant « Seuls les anges ont des ailes » de Howard Hawks, on trouve également cette abnégation face au travail à accomplir : « Je voudrais aussi qu’ils [les pilotes] m’aiment. Ils me méprisent plus que vous. Mais cela fait partie de notre travail. » dit Rivière à son adjoint. Or tout cela ne convainquit pas le public de l’époque qui réserva un accueil froid au film et ce malgré sa belle distribution et ses nombreuses scènes aériennes. Hormis l’épilogue d’une noirceur inaccoutumée, l’échec est peut-être dû à cette absence d’exploit individuel dont raffole le cinéma américain. Car non seulement la réussite de cette tentative de nuit n’est pas totale, mais elle est imputable à un groupe et non à un homme en particulier, deux choses incompatibles, semble-t-il, avec les aspirations d’une Amérique ayant le culte de la réussite et du héros. Et effectivement, dans « Vol de nuit » aucun personnage n’a le statut de héros, de même que l’exploit n’est pas au centre du propos.

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