BUREAU DES ÉPAVES

BUREAU DES ÉPAVES

STRANDED

Une comédie dramatique de Frank Borzage

76  mn

Avec Kay Francis, George Brent, Patricia Ellis, Donald Woods, Robert Barrat, Barton McLane, June Travis
Scénario de Delmer Daves
D'après Frank W. Wead, Ferdinand Reyher
Musique de Leo F. Forbstein
Photo de Sidney Hickox
Produit par Samuel Bischoff

RESUME
A San Francisco, une femme œuvrant pour un organisme de charité s'éprend de l'ingénieur en charge de la construction du Golden Gate Bridge. Considérant qu’elle s'occupe de « ratés qui devraient être jetés » il la quittera.

COMMENTAIRE
Des quatre films écrits par Delmer Daves et réalisés par Frank Borzage, « Bureau des épaves » est le seul présentant un intérêt digne du talent et de la sensibilité des deux artistes. Alors que les trois autres films sont des comédies musicales et des œuvres de propagande superficielles, celui-ci possède, outre une certaine ambiguïté, un contenu social et politique original - pour ne pas dire surprenant - conduisant, secondairement à des relations sentimentales troublées. On observe d’un côté une jeune femme (Kay Francis) qui consacre sa vie à aider les plus faibles, et de l’autre, un ingénieur des ponts et chaussées (George Brent) dont les valeurs sont l’excellence et la réussite, qui n’hésite pas à renvoyer un ouvrier pour sa mauvaise tenue sur un chantier. En incarnant chacun une certaine conception des idées démocrates et républicaines, leur liaison renvoie aux querelles idéologiques de ces deux visions politiques opposées. A en juger par la dureté des propos intransigeants de Brent qui s’opposent à ceux, bienveillants, de Francis, on peut supposer que les auteurs ont plus d’affinité pour les idées sociales-démocrates - supposition que confirme l’œuvre de Daves à venir. Cependant, il est stupéfiant d’entendre Brent réprimander Francis parce qu’elle lui envoie des déshérités pour qu’il les embauche et, de rajouter qu’il n’est pas un bureau de bienfaisance. Pire encore, que dire de ce « travail de fou inutile » en parlant de l’emploi de Francis et de « Tu appelles ces ratés des êtres humains ? ». Alors qu’actuellement de tels propos ne pourraient être proférés que par un méchant, le script ici ne craint pas de les placer dans la bouche du héros ; car ce personnage se bat courageusement contre les mafias locales, il est le bâtisseur du plus grand pont suspendu du monde (le Golden Gate Bridge) et il finit dans les bras d’une gentille héroïne par ailleurs. Replacé à son époque, il est possible que ces propos n’avaient pas l’aspect scandaleux qu’on leur trouve aujourd’hui. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont exceptionnels. Il y a tout lieu de croire que l’antinomie entre ce héros aux propos cyniques et sa fiancée altruiste à laquelle va finalement toute notre sympathie, provient de sensibilités créatrices antagonistes.

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