LE CANTIQUE DES CANTIQUES

LE CANTIQUE DES CANTIQUES

THE SONG OF SONGS

Une comédie dramatique de Rouben Mamoulian

83  mn

Avec Marlene Dietrich, Brian Aherne, Lionel Atwill, Alison Skipworth, Richard Bennett
Scénario de Leo Birinski, Samuel Hoffenstein
D'après Edward Sheldon, Hermann Sudermann
Musique de Karl Hajos
Photo de Victor Milner

RESUME
A la mort de son père, une jeune paysanne part vivre chez sa tante, libraire à Berlin. Elle y fait la connaissance d'un sculpteur qui voit en elle le modèle tant recherché. Avec quelques réticences elle posera nu avant de s'éprendre de lui.

COMMENTAIRE
Dès le générique, baigné dans une musique qui ne cessera de souligner avec bonheur tout le film (entre autre la Symphonie Pathétique de Tchaikovsky) ; dès les premières images, où un vieil homme observe l’horizon, et puis ensuite, le départ de cette jeune fille pour la grande ville, nous pressentons que le spectacle sera digne d’intérêt. La suite conforte cette impression : la magie opère on ne sait pas bien comment. La mise en scène, les prises de vue, les décors, font l’objet d’un travail particulièrement appliqué. Rien ne semble improvisé et l’ensemble est d’une cohérence totale : que ce soit le personnage de Marlène Dietrich se transformant lentement sous l’effet des épreuves, ou que ce soit les rapports amoureux évoluant avec l’état d’avancement – et de destruction – de la sculpture, tout est harmonieux. Le film démontre qu’une mise en scène peut transcender un matériau de départ relativement classique pour l’époque, en l’occurrence cette histoire de jeune femme manipulée et utilisée à des fins personnels par des hommes sans scrupules. Et ce n’est pas par hasard si Rouben Mamoulien réalise avec Greta Garbo son autre chef-d’œuvre, la même année à la MGM celui-ci, « La Reine Christine ». Il est, semble-t-il, particulièrement inspiré lorsqu’il dirige les deux actrices les plus charismatiques de l’époque, et le concernant, les plus grandes stars avec lesquelles il a travaillées. Rarement la sensualité et l’aura de ces deux interprètes n’auront été aussi finement exploitées. Comme il y a cette scène où Garbo caresse les objets d’une chambre d’auberge dans laquelle elle vient de passer trois jours avec son amant, il y a dans « Le cantique des cantiques » Dietrich posant nu hors caméra alors que l’artiste parachève de manière équivoque la statue la représentant. En faisant constamment référence au dessin et à la sculpture du nu de Dietrich, en articulant son film autour d’éléments liés à la plastique féminine, Mamoulien cultive ouvertement l’érotisme émanant de cette histoire, faisant apparaître une sensibilité que peu de réalisateur de sa génération auront l’audace d'exprimer. Mais n’y a-il pas dans tout cela une volonté de sa part de se mesurer artistiquement - et sentimentalement - à Joseph Von Sternberg ? Ce qui consisterait à mettre en valeur Dietrich aussi bien, sinon mieux que lui. Rappelons que ce film est le premier que Dietrich tourne au Etats-Unis sans être dirigée par son mentor et Pygmalion, Sternberg. Après une suite ininterrompue de cinq chef-d’œuvres tournés ensemble, elle lui fait faux bon pour ce film avant de revenir vers lui pour deux ultimes productions. Est-ce ironiquement que le sujet de ce « Cantique des cantiques » est justement une histoire de Pygmalion ? Pygmalion étant un sculpteur légendaire qui tomba amoureux de sa statue.

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