L' HOMME DES HAUTES PLAINES

L' HOMME DES HAUTES PLAINES

HIGH PLAINS DRIFTER

Un western de Clint Eastwood

101  mn

Avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Mitchell Ryan, Jack Ging, Stefan Gierasch, Ted Hartley, Billy Curtis, Geoffrey Lewis
Scénario de Ernest Tidyman
Musique de Dee Barton
Photo de Bruce Surtees
Produit par Robert Daley

RESUME
Un cavalier solitaire arrive dans une bourgade. Il ne tarde pas à abattre trois hommes qui lui cherchaient des noises. Voyant cela les citoyens lui demanderont de les aider à combattre trois tueurs qui doivent revenir dans le village pour se venger.

COMMENTAIRE
Deuxième réalisation de Clint Eastwood, « L’homme des hautes plaines » est le premier western qu’il met en scène. Taciturne, amoral, désinvolte, énigmatique, le personnage qu’il interprète est directement inspiré de ceux qu’il campait dans les films de Sergio Leone. Dans « Sierra Torride », même dans des polards comme « Un shérif à New York » ou « L’inspecteur Harry », trois films de Don Siegel, son personnage possédait également ces traits sans toutefois être aussi appuyés qu’ici. Eastwood veut de toute évidence exploiter cette adéquation - dont le public raffole et qui finit par devenir sa marque de fabrique à cette époque - entre son jeu d’acteur et les attitudes irréelles et caricaturales de ce personnage outrancièrement froid. Comme s’il avait estimé qu’il ne pourrait parvenir à exprimer cet excès dans un western classique sans devenir grotesque, il ajoute au récit une dimension fantastique qui, même si elle n’est hélas pas exprimée clairement dans la version française, n’en demeure pas moins sous-entendue à travers un certain nombre d’éléments tels que la femme qui tire sur le personnage sans le blesser, le « Hell » (enfer) peint sur le panneau d’entrée du village, et les différentes apparitions dans la brume de chaleur ou devant les flammes d’un incendie superbement mis en valeur par la photo de Robert Surtees. Magnifique, la fin anglaise est quant à elle sans ambiguïté. Ainsi, ce personnage qui paraît si surfait a une vrai cohérence grâce à ce subterfuge narratif. Bizarrement cette approche originale, surprenante et d’un incontestable lyrisme s’avère plus déconcertante que le traitement excessif qui est fait du héros, peut-être parce qu’il est décevant de constater que le personnage auquel on s’identifie, image réconfortante d’une entité invincible dépourvue d’angoisses, n’est en fait qu’une apparition. Par la subtilité des renvois à l’aspect fantastique, Eastwood permet toutefois de faire abstraction de cette dimension et donne au spectateur le choix d’aborder son attrayant personnage de façon classique. On retrouve alors comme dans « Le mercenaire de minuit » de Richard Wilson sorti en 1964, le thème du gunfighter qui abuse de sa position de justicier, confiée par les citoyens lâches d’un village afin de les protéger de tueurs, pour engendrer du désordre dans la ville. Totalement amoral, on a d’un côté des villageois qui se distinguent par leur couardise, et de l’autre une sorte de super héros cynique qui joue avec eux comme le chat avec la souris. Une grande partie de la fascination engendrée ici provient de l’outrance des exigences du personnage (peindre des bâtiments en rouge, dresser des tables de banquets en détruisant une grange, etc) qui n’a d’équivalent que l’inexpressivité d’Eastwood. Ce décalage entre l'être et le paraître est si important qu’il en est presque amusant.

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