LES PROIES

LES PROIES

THE BEGUILED

Un drame de Don Siegel

101  mn

Avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth Hartman, Jo Ann Harris, Darleen Carr, Mae Mercer
Scénario de John B. Sherry, Grimes Grice
D'après Thomas Cullinan
Musique de Lalo Schifrin
Photo de Bruce Surtees
Produit par Don Siegel

RESUME
En territoire confédéré, un Nordiste blessé est secouru par une gamine qui l'emmène dans le collège pour filles où elle est pensionnaire. L'établissement étant isolé, la directrice à l'intention de soigner l'homme, puis de le remettre à l'armée sudiste.

COMMENTAIRE
« Les proies » est un thriller psychologique bien différent de films comme « Un shérif à New York » ou autre « Inspecteur Harry », également réalisés par Don Siegel et interprétés par Clint Eastwood. On est loin du héros invincible, froid et macho, de l’histoire à la psychologie simpliste et à l’action soutenue des polars réactionnaires qui ont fait le succès des deux hommes. C’est la première fois qu’Eastwood interprète un antihéros, un looser dupé par son entourage. Comme dans son prochain film - et sa première réalisation -, « Un frisson dans la nuit », il subit - comble du machisme - l’attaque de femmes : comme dans l’attachant « Honkytonk Man » il est vulnérable. Au risque de décevoir les inconditionnels de l’homme sans nom, cette attitude laisse percevoir chez l’acteur une subtilité qu’il confirmera par la suite et qu’il n’avait jamais révélée jusqu’ici. C’est également un Siegel insoupçonné qu’on découvre. Plutôt spécialiste des films virils, il s’intéresse au sort d’un homme, soldat nordiste blessé, qui se fait lentement « dévorer » par un groupe isolé de femmes sexuellement en manque. Sans qu’il soit véritablement érotique, le film tout entier s’articule autour de la frustration sexuelle endurée par des femmes privées de présence masculine. Ajoutant encore à l’originalité du propos, l’histoire se situe durant la guerre de Sécession qui ne cesse de résonner en arrière plan. Comme avec « Le roi et quatre reines » réalisé dans les années cinquante par Raoul Walsh, le western devient le cadre de relations sulfureuses entre un homme et de nombreuses femmes, sortes d’Amazones avides de mâles. Presque tous les personnages féminins principaux s’intéressent à cet homme. Même la petite fille qui l’a découvert, ne cache pas ses sentiments pour lui. Finalement, sous les apparences d’un drame westernien aseptisé, alors qu'il n'y a pas de préméditation mais que des pulsions qui dominent, ces femmes vont se déchirer cette proie providentielle. Parmi les idées qui fixent le climat, ces tours de garde que chaque pensionnaire se doit d’effectuer sur le toit de l’établissement afin de surveiller l’arrivée d’intrus. Cette vigilance sur laquelle le film ne cesse d’insister conforte l’impression d’enclave féminine qui se protège de l’extérieur.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33