UN FRISSON DANS LA NUIT

UN FRISSON DANS LA NUIT

PLAY MISTY FOR ME

Un suspense de Clint Eastwood

98  mn

Avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills, John Larch, Jack Ging, Irene Hervey, Don Siegel
Scénario de Jo Heims, Dan Reisner
D'après Jo Heims
Musique de Dee Barton
Photo de Bruce Surtees
Produit par Robert Daley

RESUME
Un soir, alors qu'il prend un verre dans un bar, le disque jockey d'une radio locale est accosté par une auditrice. Après une nuit passée avec lui, l'admiratrice harcèle le jeune homme qui n'avait vu dans cette relation qu'une aventure sans lendemain.

COMMENTAIRE
Cette première réalisation de Clint Eastwood est des plus honorables, d’autant plus honorable qu’il n’a aucune expérience dans ce registre - en tant qu’acteur. Au lieu de s’essayer à un genre qu’il connaît bien, le film d’action en particulier, il prend d’importants risques en allant chasser sur un terrain escarpé auquel Alfred Hitchcock a donné ses lettres de noblesse, le suspense. Ce choix, en fait, reflète bien l’œuvre d’Eastwood qui, toujours à la recherche d’expériences nouvelles, se présente là où on l’attend le moins. On se souvient de « Breezy », « Bird », « Honky Tonk Men », « Sur la route de Madison », des films sensibles en total décalage avec les personnages de flic et de gunfighter froids qui l’ont fait connaître et qui lui collent à la peau. Comme beaucoup de ses réalisations, « Un frisson dans la nuit » n'ennuit jamais alors que le scénario est des plus banals. Cela nous paraît en partie dû à un profond sens de la composition et du rythme, une sorte de respiration défiant toute analyse qui, faisant fi du contenu, donne vie à un film et l’emporte sans qu’on ressente de lassitude. Eastwood dit travailler à l’instinct, et en effet il semblerait que seul un sens inné de la construction dramatique explique ce résultat. Ainsi, dans « Un frisson dans la nuit » il ne se contente pas d’augmenter progressivement le suspense jusqu’à un paroxysme qui correspondrait au dénouement - cela n’aurait certainement pas suffi et aurait été pour le moins convenu -, il prend au contraire la liberté d’interrompre le cour de son histoire par de longues séquences champêtres et des manifestations musicales sereines qui contrastent avec le reste du propos et lui apportent un réel relief. Ces digressions - qu’on n’imagine pas dans un film d’Hitchcock - dont le but est de marquer une pause pour permettre au spectateur de reprendre son souffle avant le dénouement final, permettent aussi à Eastwood de donner libre cours à son inspiration. Ces séquences très personnelles deviennent pour le coup la raison d’être du film et sa véritable valeur ajoutée. Car à côté de cela, le traitement du suspense et le montage de la séquence finale qui constitue le clou du film, ne relève pas d’une dextérité particulière. Notons enfin la présence exceptionnelle de Don Siegel en barman, un clin d’œil qui renvoie à l’amitié qui lie les deux hommes.

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