CROIX DE FER

CROIX DE FER

CROSS OF IRON

Un film de guerre de Sam Peckinpah

127  mn

Avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Klaus Löwitsch, Vadim Glowna, Roger Fritz, Dieter Schidor, Senta Berger
Scénario de Julius J. Epstein, Walter Kelley, James Hamilton
D'après Willi Heinrich
Musique de Ernest Gold
Photo de John Coquillon
Produit par Alex Winitsky, Arlene Sellers

RESUME
En 1943, sur le front russe, alors que l'armée allemande bat en retraite, un capitaine de la Wehrmacht venu de France prend son commandement. Bien décidé à décrocher la croix de fer, il est prêt à toutes les infamies pour y parvenir.

COMMENTAIRE
« Croix de fer » est le dernier grand film de Sam Peckinpah ; il est peut-être également son meilleur. En tout cas il a le mérite de concentrer toutes les obsessions du cinéaste et, chose non négligeable, il offre les clefs d’une œuvre considérée de prime abord comme malsaine et aguicheuse tant la violence y est exacerbée et les sentiments exprimés bestiaux. Il est clair ici que cette violence, cette absence d’émotion, sont l’expression d’un esprit tourmenté qui ne trouve de salut que dans la fuite en avant. L’action de ce héros magnifique incarné par un James Coburn monolithique n’a aucun sens. Dépourvu de tout idéal, conscient que cette guerre est absurde, ne se passionnant pour rien ni personne, il risque sa vie sans raison. Son besoin de se confronter au danger, sa décision de repartir au front avant la fin de sa convalescence suggère même qu’il est à la recherche de sa propre mort, qu’il est pressé d’en finir. Il méprise celui qui trouve un sens à tout cela, en l’occurrence ce capitaine qui désire être décoré de la croix de fer. Car plus que le fait qu’il ne mérite pas cette récompense, ce qui trouble notre héros c’est que les visées de cet officier sont bien dérisoires comparées à l’univers sombre et tragique dans lequel il évolue. Toute l’œuvre de Peckinpah s’évertue à décrire un monde d’une violence inouïe pour mieux nous convaincre qu’on a rien à y faire, que celui qui pense le contraire est bercé de fausses illusions. Reste l’innocence de l’enfance. Un chœurs d’enfants chantant sur des images d’archives de la Deuxième Guerre mondiale, un jeune prisonnier russe désemparé au milieu de rudes soldats allemands, un groupe d’enfants jouant dans un jardin à proximité d’un hôpital militaire, forment un contraste saisissant que Peckinpah n’a cessé d’utiliser tout au long de sa carrière ; on se rappelle en particulier de ces enfants qui assistent à la mort d’un scorpion dans « La horde sauvage ». Outre le fait que cette juxtaposition possède une fulgurance poétique incroyable, on peut penser que le cinéaste aime à voir dans cette insouciance un havre capable d’ébranler l’horreur et la noirceur du monde. Plus marginale dans l’œuvre de Peckinpah, rappelant un autre fameux film de guerre, « La grande illusion » de Jean Renoir, l’intrigue fait référence à la lutte des classes. D’un côté, un officier issu de l’aristocratie, et de l’autre un sergent sans statut social, s’opposent. Confirmant les préférences du réalisateur, l’aristocrate imbu de lui-même sera ridiculisé lors d’un final jubilatoire. Enfin, « Croix de fer » demeure un imposant film d’action où des batailles impressionnantes, particulièrement violentes - évidemment - et parfaitement filmées, se succèdent à un rythme soutenu.

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