LA CHAIR ET LE DIABLE

LA CHAIR ET LE DIABLE

FLESH AND THE DEVIL

Un mélodrame de Clarence Brown

112  mn

Avec John Gilbert, Greta Garbo, Lars Hanson, Barbara Kent, William Orlamond, George Fawcett, Eugenie Besserer, Marc McDermott
Scénario de Benjamin F. Glazer
D'après Hermann Sudermann
Photo de William H. Daniels

RESUME
Un jeune baron, lieutenant dans l'armée, parti en permission avec son ami d'enfance, fait la connaissance d'une belle comtesse lors d'une soirée. Plus tard le vieux mari les surprendra enlacés, ce qui l'oblige à défier son jeune rival en duel.

COMMENTAIRE
« La chair et le diable » est le premier des quatre films que Greta Garbo tournera avec John Guilbert. La passion, la sensualité, voire l’érotisme qui émane de leur relation permet de comprendre pourquoi leur couple est devenu le plus mythique du cinéma muet. Mentionnée dans toutes les anthologies du cinéma, inspirant certainement Rouben Mamoulian pour l’une des plus belles séquences de « La reine Christine », la scène où les amants s’offrent entièrement à la passion de l’autre avant l’entrée du mari, ne peut manquer de surprendre par son audace. (Pour l’anecdote, l’affiche publicitaire du film sur laquelle on voit les deux amants enlacés sera reprise presque à l’identique pour celle de « Intrigues », un autre film du couple). Transcendée par une bouche et des yeux délicatement dessinés par le maquillage, et la lumière de William H. Daniels, Garbo exprime dans son regard - souvent perdu dans le vague - et ses postures une envoûtante plénitude amoureuse. D’ailleurs, la sincérité qui paraît l’animer à ce moment-là se concilie mal avec la femme fatale que son personnage se révèle être finalement. Sa sincérité est confirmée dans la séquence magnifique, se déroulant à la fin d’un office religieux, où l’actrice tourne le calice que lui tend le pasteur afin de porter à ses lèvres le bord touché par la bouche de Guilbert juste avant. S’il est difficile de croire qu’elle est la femme vénale que l’histoire nous présente, si son sort paraît injuste, ce mélodrame n’en est pas moins aussi définitif que flamboyant. Suite à un malentendu, deux amis d’enfance se retrouvent écartelés entre leur amitié et l’amour qu’ils ont pour cette femme. Le déchirement que subissent ces êtres trouve toute son expression dans les formes, les outrances propres au cinéma muet. Ajouté à cela, Clarence Brown fait un travail admirable, peut-être le plus créatif de sa longue carrière. Outre ces plans larges magnifiques qui alternent avec des plans plus resserrés, un montage finalement très moderne, les idées de mise en scène sont souvent brillantes. Que ce soit le duel filmé en ombres chinoises avec un travelling arrière, la main du mari éconduit qui se referme par effet de perspective sur les amants, le visage de Garbo qui apparaît en surimpression lorsque le héros rentre de son exil, ou le visage des amants éclairés par la lueur d’une cigarette, le film abonde en idées de mise en scène qui apportent un indéniable cachet à cette production. Faisant de la Divine une véritable star, « La chair et le diable » sera le début d’une longue collaboration avec Brown, le réalisateur fétiche avec lequel Garbo tournera six autres films.

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33