CHANSON PAÏENNE/LES AMANTS NUS

CHANSON PAÏENNE/LES AMANTS NUS

PAGAN

Un mélodrame de Woody S. Van Dyke

78  mn

Avec Ramon Novarro, Renée Adorée, Donald Crisp, Dorothy Janis
Scénario de Dorothy Farnum
D'après John Russell
Photo de Clyde de Vinna

RESUME
Un marchand de Coprah débarque dans une île des mers du Sud. Alors qu’il cherche le propriétaire terrien qui lui fournira des noix de coco en grande quantité, celui-ci, un sémillant indigène, fait la connaissance de la fille adoptive du trafiquant.

COMMENTAIRE
« Ombres blanches », « Chanson païenne », « Le trafiquant Horn », Woody S. Van Dyke réalise coup sur coup trois films exotiques tournés sur les lieux même de l’action qui sont à considérer tous trois comme des chefs-d’œuvre. Allié à l’aspect documentaire, toujours fascinant quand on songe à l’ancienneté des images, ces histoires voient invariablement en l’homme civilisé une source de menace et dans l’indigène un être aux sentiments purs dépourvus de toute malveillance. Ce rousseauisme, cette vision idyllique du bon sauvage, cette idée que tout ce qui émane de la civilisation est corrompu est décliné ici avec jubilation. Interprété par un sympathique Ramon Novarro, ce jeune indigène qui néglige les valeurs de l’homme blanc et de la société, manifeste une joie de vivre enviable. Lorsque le commerçant lui demande de proposer un prix pour l’achat de ses noix de coco, celui-ci lui répond qu’il les prenne s’il en a besoin. De même, il se contente d’inscrire dans un cahier les dépenses que les villageois viennent effectuer dans son épicerie. Ainsi, l’argent, valeur centrale des sociétés modernes, ne paraît avoir aucun intérêt à ses yeux. Plus remarquable encore, lorsque le méchant blanc le spolie - parce qu’il n’a évidemment pas de quoi payer ses dettes -, le héros n’éprouve aucune animosité et continue à vivre comme avant. La propriété privée n’a finalement aucun sens à ses yeux, suggérant que ce désintéressément est à l’origine de son bonheur. On retrouve là les thèses du « Discours sur l'origine de l’inégalité » de Jean Jacques Rousseau : « Le premier qui, ayant enclos un terrain s'avisa de dire : ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile.». Une critique de la religion est également exprimée. « Pourquoi aller dans une église où il fait chaud alors que Dieu est partout ? » dit en substance le héros à celle qu’il aime. S’il n’éprouve jamais ni haine, ni amertume envers qui que ce soit, une chose pourtant le fait réagir : l’amour. En effet le héros ne s’attaquera véritablement au méchant, lequel est incarné par un Donald Crisp machiavélique, que le jour où celui-ci s’en prendra physiquement à la jeune fille qu’il a sous sa tutelle. Car faisant appel à des ressentis d’ordre raciste, le propos s’articule autour de la haine d’un blanc envers un indigène qui convoite sa fille adoptive, une vahiné interprétée par une magnifique Dorothy Janis. Ajoutons que Renée Adorée joue le rôle ingrat d’une occidentale amoureuse malheureuse du héros. Enfin en cette période charnière où le muet disparaît au profit du parlant, qu’en est-il du son ? Comme beaucoup de films de cette année, aucun dialogue audible n’est échangé, en revanche des bruitages, une musique symphonique ainsi que des chansons hawaïennes sont perceptibles. Ces dernières sont d’ailleurs interprétées par le héros et sa bien aimée lors de prémices amoureux.

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