LA CHARGE HÉROÏQUE

LA CHARGE HÉROÏQUE

SHE WORE A YELLOW RIBBON

Un western de John Ford

104  mn

Avec John Wayne, Joanne Dru, Ben Johnson, Harry Carey jr, John Agar, Victor McLaglen, Mildred Natwick, George O'Brien
Scénario de Laurence Stallings, Frank S. Nugent
D'après James Warner Bellah
Musique de Richard Hageman
Photo de Winton C. Hoch, Charles P. Boyle
Produit par John Ford, Merian C. Cooper

RESUME
@P.A quelques jours de sa retraite, un capitaine doit accomplir une dernière mission : traverser un territoire d'Indiens en révolte à la tête d’un détachement de cavalerie, pour conduire la fille et la femme du commandant à un relais de diligence.

COMMENTAIRE
On comprend mieux le génie d’un artiste lorsqu’on compare ses œuvres à celles de ses confrères. Une œuvre captivante s’avère géniale lorsqu’on comprend qu’avec les mêmes moyens, les mêmes thèmes, les mêmes techniques, nul autre que son créateur n’est capable de captiver avec une telle intensité. C’est le cas de John Ford et du western. « La charge héroïque » ne présente aucune qualité en particulier, (l’histoire, les personnage, le cadre sont ordinaires) et pourtant il se dégage de l’ensemble un charme remarquable que l’analyse est impuissante à expliquer totalement. Une chose est certaine, l’image, la musique, la mise en scène, l’interprétation sont brillantes. Pour sa merveilleuse photo couleur, Winton C. Hoch a reçu l’Oscar. Et c’est vrai qu’on ne se lasse jamais de découvrir ces colonnes de tuniques bleues arpenter Monument Valley. D’autant que la musique puisée dans le folklore américain - une spécificité fordienne - souligne puissamment l’image, ce qui élève par moment le film au statut d’opéra. La spectaculaire séquence de l’orage dans le désert est représentative de ce point de vue. Quant aux scènes plus axées sur le relationnel, leurs constructions sont à la fois simples et incroyablement efficaces. De la même façon le jeu des acteurs renferme toute la substance du personnage tout en restant sobre. Affecté par un côté sûr de lui crispant lorsqu’il est dirigé par d’autres réalisateurs, John Wayne retrouve une humanité ici ; de façon générale lorsqu’il est dirigé par Ford. Mais tout cela ne suffit pas encore à expliquer le charme du film. Il y a dans un banal western de Ford - banal en apparence - quelque chose qui touche à l’universel. En supprimant toute conception artificielle tel que le manichéisme, et en apportant une couleur légère aux relations humaines, il crée un univers chaleureux où l’homme est sincèrement bon et solidaire. Le vieux chef indien qui ne peut faire la paix avec le capitaine, ou le sergent alcoolique (Victor McLaglen) qui se bat avec sept soldats venus l’arrêter, possèdent une réelle grandeur d’âme malgré leur comportement belliqueux. Cette approche très personnelle où les hommes forment des groupes soudés est d’autant plus touchant ici, que la retraite (le capitaine incarné par Wayne doit quitter l’armée où il a passé sa vie) apparaît en toile de fond et qu’elle est synonyme de rejet du groupe.

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