LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE

LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE

STAGECOACH

Un western de John Ford

92  mn

Avec Claire Trevor, John Wayne, Andy Devine, John Carradine, Thomas Mitchell, Louise Platt, George Bancroft, Donald Meek, Berton Churchill, Tim Holt, Tom Tyler, Francis Ford, Jack Pennick
Scénario de Dudley Nichols
D'après Ernest Haycox
Musique de Richard Hageman, W. Frank Harling, Louis Gruenberg, John Leipold, Leo Shuken
Photo de Bert Glennon
Produit par Walter Wanger

RESUME
M@C(TM).Avec à son bord une femme de mauvaise vie chassée de la ville, un joueur, un ivrogne, une épouse de militaire et un représentant, une diligence est sur le point de partir lorsqu'on informe les passagers que la région est infestée d'Apaches.

COMMENTAIRE
En 1939, lorsque « La chevauchée fantastique » sort sur les écrans, le western est un genre démodé tout juste bon à alimenter des séries B. Avec l’arrivée du parlant, le genre avait doucement périclité pour finir par ne faire que très occasionnellement l’objet d’un grand film - qui se présentait essentiellement sous forme de superproductions relatant une page de l’histoire de l’Amérique. Après 1936, on ne compte d’ailleurs plus parmi ces grands films que « Une nation en marche » de Frank Lloyd, « La bataille de l’or » de Michael Curtiz et « Le brigand bien-aimé » d’Henry King. Même John Ford qui avait réalisé de nombreux westerns à l’époque du muet n’en avait plus mis en scène depuis « Les trois sublimes canailles » en 1926. « La chevauchée fantastique » contribuera à mettre un terme à ce désintérêt. Le succès remporté par le film relancera non seulement le genre qui atteindra son apogée dans les années cinquante, mais encouragera également Ford à renouer avec lui. Inspiré d’une nouvelle de Maupassant adaptée au cinéma en 1944 par Robert Wise, le film relate un voyage en diligence à travers un territoire peuplé d’Indiens hostiles. Echantillon représentatif de la société, les protagonistes embarqués dans cette aventure, livrés à eux-mêmes, forment une sorte de huis clos où s’exprime toute la nature humaine. C’est l’occasion pour Ford, aidé par l’excellent scénario de Dudley Nichols, d’affirmer ses conceptions humanistes. Incarnées par cette prostituée qui, chassée de la ville par des bigotes, n’en aide pas moins une femme à accoucher alors que celle-ci venait également de lui jeter l’opprobre, ses conceptions condamnent tout préjugé, toute hypocrisie, mettent l’accent sur l’altruisme, l’indulgence et la sincérité, se fient aux actes et non pas aux titres ou aux positions sociales. Subversif également, elles associent l’égoïsme et la mesquinerie à la bourgeoisie bien pensante personnifiée par ce banquier qui cherche à s’enfuir avec l’argent de la mine. On décèle également à travers cet alcoolique interprété par Thomas Mitchell - qui reçoit l’Oscar pour le rôle - ou Francis Ford, un côté anarchiste propre à Ford. Car plus que des hommes esclaves de leur vice où cherchant à oublier un traumatisme, ces êtres rejettent les convenances et font passer le plaisir de boire avant le jugement qu’on leur porte. C’est d’ailleurs bien cette posture qui prête à sourire. Mais outre ce magnifique tableau de caractères humains, le film n’est pas avare de scènes d’action. Pour ne parler que d’elle, la charge qui donne son titre français au film est un véritable moment de bravoure où l’on découvre une diligence lancée à vive allure sur un lac salé attaquée par une nuée d’Indiens. Les paysages sont également fascinants. C’est la première fois que Ford tourne à Monument Valley, faisant du lieu, et en particuliers du typique alignement des trois mesas, le symbole de son cinéma. Autre nouveauté qui vaudra un Oscar à ses créateurs, la musique reprend des airs du folklore américain, un concept peu usité à l’époque. Finalement l’impact du film sera tellement important que la carrière de John Wayne, qui stagnait depuis la sortie de « La piste des géants » en 1930, prendra son envol.

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