CITIZEN KANE

CITIZEN KANE

CITIZEN KANE

Un drame de Orson Welles

120  mn

Avec Orson Welles, Joseph Cotten, Dorothy Comingore, Agnes Moorehead, Ruth Warrick, Ray Collins, Everett Sloane, William Alland, Paul Stewart, George Coulouris, Fortunio Bonanova, Gus Schilling, Philip Van Zandt, Harry Shannon
Scénario de Herman J. Mankiewicz, Orson Welles
Musique de Bernard Herrmann
Photo de Gregg Toland
Produit par Orson Welles

RESUME
@HS.Un magnat de la presse meurt en prononçant le mot "Rosebud". Intrigué, dans l'espoir d'en savoir plus sur la signification de ce mot, un journaliste va retrouver certaines connaissances proches du magnat pour qu'ils lui relatent sa vie.

COMMENTAIRE
En 1941, lorsque « Citizen Kane » sort sur les écrans, le cinéma américain respecte un formalisme strict. Les règles d’éclairage, de mise en scène, de placement de caméra, de découpage, d’ambiance sonore et de prise de son demeurent très codifiées. Les personnages sont toujours parfaitement éclairés, la mise en scène s’organise dans un plan parallèle à la caméra, celle-ci est le plus souvent placée à hauteur d’homme, les plans sont souvent fixes et leur durée mesurée, de même que la prise de son est calibrée et dépourvu d’écho superflu. Toute cette codification qui avait été lentement élaborée au temps du muet, figée à l’arrivée du parlant une douzaine d’années auparavant, quelquefois mise à mal, il est vrai, par les meilleurs réalisateurs, est maintenant outrageusement balayée d’un revers de main par un jeune cinéaste de 26 ans qui s’était déjà fait remarquer précédemment en mystifiant l’Amérique. (Lors d’une émission radiophonique, il était parvenu à faire croire à une véritable invasion d’extraterrestres !). Pour son premier film, Orson Welles, qui n’a aucune expérience du métier de réalisateur, entreprend le projet ambitieux de revisiter tout le formalisme du cinéma hollywoodien en vigueur. Courageux mais pas suicidaire, il s’entoure de quelques artisans géniaux. Ce sera entre autres le chef opérateur Gregg Toland, connu en particulier pour son exploitation de la profondeur de champ dans les films de William Wyler, le compositeur Bernard Herrmann, lequel composera la musique de quelques-uns des meilleurs films d’Alfred Hitchcock, le monteur Robert Wise, qui remportera par la suite plusieurs Oscars en tant que réalisateur. Et il est vrai que le résultat est confondant. Pas un plan n’est dépourvu d’une idée audacieuse - exploitée avec parcimonie jusque-là. Cela va des prises de vue en contre plongé, qui laisse entrevoir des plafonds peu visibles auparavant, jusqu’aux dialogues interprétés par des acteurs filmés dans la pénombre. Mais ce sont aussi les plans séquences, la profondeur de champ, les amples travellings à la grue, les bruitages étranges, les voix raisonnantes qui défient jusqu’à l’outrance les conventions dans « Citizen Kane ». Mais Welles ne se limite pas seulement à ces aspects purement formels. Il cherche également à revisiter les conventions narratives. Aidé de Herman J. Mankiewicz, un autre artiste talentueux, il utilise le flash back, repasse plusieurs fois la même scène revue par des personnages différents, relate l’histoire de son héros de façon totalement désordonnée. Il faut dire que l’histoire inspirée de « Thomas Garner » - écrit en 1933 par Preston Sturges - et de la vie du magnat William Randolph Heart se prête parfaitement à cet exercice. Enfin, ce sont aussi les décors, les grimages, l’exploitation de l’image d’archive qui défient les conventions du cinéma d’alors. Bref, le film de Welles demeure une œuvre baroque courageuse tout à fait atypique dans le paysage hollywoodien. Faut-il croire pour autant qu’elle a bouleversé ce cinéma américain et l’a fait basculer dans une nouvelle ère ? Nombre de réalisateurs sont venus y puiser des idées intéressantes - bien que toutes existaient déjà avant 1941. L’utilisation du flash back s’est généralisée à partir de « Citizen Kane », en particulier dans le film noir qui apparaît au même moment. Certainement qu’il a donné le courage à des jeunes réalisateurs comme John Huston ou Jacques Tourneur de rompre avec le cinéma des anciens. Mais en aucun cas il y a un avant et un après « Citizen Kane ». Car passé l’instant de surprise, le film demeure relativement barbant. En effet cette débauche de nouveautés à un prix : le rythme. Cette chose qui donne l’envie de suivre un film et qui distingue un grand réalisateur d’un plus modeste est anéanti ici par un formalisme ostentatoire sur lequel s’est fixé toute l’attention du cinéaste. Comment dans ces conditions, « Citizen Kane » aurait-il pu réellement engendrer un nouveau cinéma ?

Tous les droits de reproduction et de diffusion réservés © 2013 Hollywood33