COEURS BRÛLÉS

COEURS BRÛLÉS

MOROCCO

Un mélodrame de Joseph Von Sternberg

90  mn

Avec Gary Cooper, Marlene Dietrich, Adolphe Menjou, Ulrich Haupt, Francis McDonald, Juliette Compton, Albert Conti
Scénario de Jules Furthman
D'après Benno Vigny
Musique de Karl Hajos
Photo de Lee Garmes
Produit par Hector Turnbull

RESUME
Arrivée à Casablanca sans le sou, une chanteuse est embauchée dans un café fréquenté par la légion. Alors qu'elle est courtisée par un riche peintre, elle tombe sous le charme d'un beau légionnaire qui la quittera pour partir en mission.

COMMENTAIRE
Après « L’ange bleu » tourné en Allemagne dans les studios de l’UFA, Joseph Von Sternberg revient à Hollywood accompagné de la vedette du film, Marlene Dietrich, pour y réaliser « Cœurs Brûlés ». C’est le premier film que le réalisateur tourne en Amérique avec son égérie. Littéralement fasciné par l’actrice allemande, il la dirigera encore cinq autres fois par la suite. Le tournage de « Cœurs Brûlés » fut mouvementé. L’histoire du cinéma (et les autobiographies des deux artistes en particulier) évoque le fort accent de Dietrich qui posa problème, et encore des relations tendues entre le réalisateur et Gary Cooper. Le résultat n’en est pas moins superbe. Dans un cadre exotique propice à l’évasion que Sternberg recrée - pour ne pas dire « réinvente » - avec un soin minutieux, une chanteuse de beuglant s’éprend d’un fringant légionnaire coureur de jupons. Alors que dans la plupart des films de Sternberg, Dietrich interprète les femmes fatales, ici elle est un être certes fier, mais totalement sous l’emprise d’un homme. Celui-ci est campé par un Cooper qui surprend par sa désinvolture : rien ne semble le toucher ; c’en est presque irréaliste. On peut penser qu’il fut totalement délaissé par le réalisateur, qui n’avait de yeux que pour Dietrich, ce qui explique ce jeu inconsistant et cabotin par moment. Pour autant, il illumine le film. Le charme de « Cœurs Brûlés » procède du tournage en extérieur et d'une bande sonore discrète. Réalisé en 1930, alors que le son est apparu depuis peu, la sonorisation est rustique, la musique n’est pas encore utilisée pour ponctuer et souligner les scènes. C’est ainsi qu’on découvre de magnifiques travellings totalement muets quand ils ne sont pas accompagnés d’une grinçante musique militaire jouée par les musiciens d’une colonne de légionnaires. De manière générale, la bande son est sous exploitée. Les dialogues sont plutôt rares. Encore sous l’emprise du muet, Sternberg privilégie de toute évidence l’image. Quelques scènes mythiques émaillent le film, celle où Dietrich, androgyne, vêtue d’un haut de forme et d’un queue-de-pie embrasse une femme, et le final inoubliable qui se conclut sur une image de désert où l’on n'entend plus que le vent souffler sur l’apparition du « The End ».

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