Présentation

Présentation

L’image de Garbo se tenant à l’avant d’un navire, le visage au vent et le regard fixé sur l’horizon, n’est plus qu’un vague souvenir dans la mémoire collective. Pourtant, comparable au vitrail d’une cathédrale, la dernière scène de « La reine Christine » est un des éléments remarquables d’une entreprise artistique sans précédent. Jamais en effet autant d’artistes, de techniciens, d’entrepreneurs ne s’étaient regroupés en un même lieu pour distraire une partie aussi importante de l’humanité. Cette entreprise monumentale sortie de terre dans les années dix en Californie, qui connut son apogée dans les années trente pour finalement s’effondrer sur elle-même dans les années soixante, est inexorablement entrainée vers l’oubli par la houle du temps. Loin de posséder l’aura de la musique classique, de la peinture impressionniste ou de l’architecture médiévale, cet art « ancien » - le cinéma hollywoodien de l’âge d’or - n’intéresse peut-être déjà plus que quelques cinéphiles égarés, plus historiens que spectateurs. Le noir et blanc, la prise de son approximative, la caméra statique, la théâtralité, ont laissé place à un cinéma plus spectaculaire, et certes plus exaltant. Mais si les techniques et les approches ont évolué, l’émotion qui transparait à l’écran est la même, que le film soit des années trente ou des années deux mille, pour autant que ses artisans soient sincères. Outre l’envie de faire partager une passion, nous avons créé ce site avec l’espoir de contribuer à réhabiliter l’une des plus importantes entreprises artistiques du vingtième siècle et tenter d’endiguer la désaffection qui la touche. Ceci étant, cette résistance à l’oubli ne devait en aucun cas passer par un ressassement des faits historiques qui avaient permis de bâtir cet ensemble artistique riche et complexe. Pour lui redonner vie il nous paraissait plus important de rendre compte de ce qu’il avait de touchant et de remarquable et ce, non pas en effectuant la synthèse des couches successives laissées par la critique ou en se référant aux prédécesseurs, mais en tentant d’exprimer nos propres sentiments. Conscient qu’il est impossible de faire fi de la part livresque dont nous sommes imprégnés, nous avons tenté de contempler ce cinéma avec un œil neuf et personnel, au risque d’aller à l’encontre des principes établis.

En 1930, après une période de transition qui voit le déclin rapide du cinéma muet, toute l’industrie cinématographique adopte définitivement le parlant. En quelques années, la bande son s’intègre harmonieusement à l’image, et les grésillements disparaissent au profit de fonds sonores expressifs. Au début des années trente, alors que l’Amérique est frappée de plein fouet par la crise économique, le cinéma fantastique, la comédie musicale, le drame, le polar prennent les formes modernes du cinéma de genre. S’ajoutent à cela des dispositions pour rendre plus répressif le code de censure qui régit les règles morales du cinéma américain. C’est également à cette époque que la Twenty Century Fox est créée. Toutefois, tout semble basculer en 1933, l’année phare de notre site. Cette année-là, alors que le quart de la population active est sans emploi, que la courbe du chômage est au plus haut, que la politique interventionniste du New Deal est mise en place par le nouveau président Franklin Roosevelt pour inverser cette tendance dépressive, qu’en Allemagne Hitler accède à la chancellerie, l’âge d’or entre dans son ère la plus caractéristique : le son est maîtrisé et la musique souligne l’action ; le code de censure est appliqué fermement, entrainant la disparition progressive et définitive de postures trop sensuelles et des délicieuses références au sexe qui faisaient le charme de certains films du début des années trente ; avec « King Kong » et « L’homme invisible » les effets spéciaux gagnent leur titre de noblesse ; les films d’horreur, moins populaires, font place à la comédie musicale ; le dernier grand studio fondé, la Twenty Century, produit son premier film ; ajoutons également que c’est cette année-là que les premiers syndicats d’acteurs (Screen Actors Guild) et de scénaristes (Screen Writers Guild) sont créés pour faire face aux excès des dirigeants des grands studios.

Evidemment, un tel site n’aurait pu voir le jour sans le support numérique et les chaînes thématiques. Grâce à eux, les propriétaires des œuvres cinématographiques ont pu diffuser largement des films invisibles durant des décennies. C’est en redécouvrant ces œuvres qu’on réalisa à quel point le cinéma américain du début du parlant était peu ou mal connu en France. Il n’est par rare en effet de lire des résumés de films qui révèlent que ceux-là n’ont pas été vus. Plus grave encore, l’analyse de ce cinéma reposait souvent sur l’examen des œuvres les plus connues sans tenir compte de la myriade de films sortis au même moment. Dans ces conditions, la vision ne pouvait être que parcellaire. Comment déceler à travers « La soupe au canard », « Cavalcade » et « La foire aux illusions », que ce cinéma est particulièrement sensuel et que la femme émancipée y prend une place importante par exemple ? C’est aussi pour combler ces manquements que nous avons réalisé ce site.

Pour présenter ce cinéma, nous nous sommes concentrés sur les œuvres qui le composent. A travers une fiche technique, un résumé, un commentaire – et, dans la mesure du possible, une affiche publicitaire américaine d’origine au format 27 x 41 -, nous avons tenté de donner un aperçu original de chacune de ces œuvres - toutes disponibles avec un sous-titrage français. Nous avons vu - ou revu - tous les films qui sont présentés ici dans les heures précédents l’écriture de leur résumé et de leur commentaire. Ces derniers ne sont donc pas écrits à partir de vagues souvenirs. Nous espérons qu’une vision d’ensemble se dégagera à la lueur de chacun de ces commentaires, mais pour apporter encore à la compréhension de cet ensemble, nous avons regroupé les films selon deux critères qui leur sont intimement liés : l’année de leur sortie américaine et le studio qui les produisit. La rapide évolution du cinéma au cours du début des années trente fait que chaque année possède une esthétique, des thèmes abordés, une moralité spécifique qui estampillent les productions sorties à ce moment-là. De la même manière, chaque studio possède un style, des artistes, des stratégies, des genres de prédilection qui apportent un cachet particulier à cette production. Pour ces raisons, regrouper les films selon ces critères conduit à former des entités cohérentes au sein desquelles des faisceaux de relations plus ou moins subtiles permettaient d’avoir une vision plus fine de cet univers. Rappelons à ce propos que cinq grands studios se partagent l’industrie cinématographique américaine à cette époque, qu’ils étaient relayés par d’autres plus petits, la United Artists, la Universal, la Columbia, etc. Avec leurs spécificités, ces maisons de production constituaient les unités structurantes de la machine à rêves ; il était donc indispensable de tenir compte du puissant lien qui existe entre elles et les œuvres produites. Alors que nous avons rassemblé les plus modestes dans une rubrique baptisée « Minors », nous avons donné la part belle aux autres, les majors, en leur consacrant un onglet entier. Ajoutons encore que nous avons mentionné dans les marges, les artistes ayant reçu l’Oscar cette année-là ; chaque studio étant arbitrairement associé à une discipline importante de l’art cinématographique.

La fiche technique du film a été réalisée à partir du générique lui-même. Pour ne pas la surcharger inutilement, nous n’avons cité que les artistes dont le métier nous semblait fondamental à l’élaboration d’une œuvre cinématographique. Les acteurs ont été listés dans l’ordre où ils apparaissaient au générique. Parfois, on trouvera des comédiens non crédités, identifiés au détour d’une scène. En moyenne, de 2 à 3 minutes inférieurs à celle mentionnée dans les ouvrages de référence, la durée du film est celle effectivement relevée sur le support que nous avons visionné. Le résumé est volontairement court, car nous n’avons cherché qu’à resituer le contexte de l’histoire en ne présentant que quelques aspects introductifs. Il nous paraissait inutile en effet d’en relater plus, d’émousser le plaisir de découvrir le film s’il n’avait pas encore été vu ou de se répéter le cas échéant. A l’exception des informations ayant trait au succès remporté par le film à l’époque, (cette information est le plus souvent puisée dans la série sur les studios, « La fabuleuse histoire de… » éditée chez Celiv) le commentaire est écrit sans faire appel à d’autres documents que le film lui-même. Comme nous l’avons mentionné plus haut, nous avons essayé, dans la mesure du possible, de formaliser nos propres sentiments, une approche inévitablement faussée par une culture et des opinions forgées au cours de nombreuses années de cinéphilie. Nous avons toutefois relu après coup un certain nombre d’articles de référence afin de nous assurer que nous n’avions pas omis de concepts essentiels. Ce travail a posteriori a rarement fait l’objet d’une réévaluation en profondeur du texte d’origine.

Nous espérons enfin que tout ceci n’aura pas été fait en vain et qu’il encouragera le passant à s’arrêter devant un édifice délaissé et abimé par les a priori, pour retrouver dans le regard des statues ce que nous y avons vu nous-mêmes et peut-être d’y déceler l’universalité artistique de leurs sculpteurs.

Une reconnaissance à Charles-Gustave Burg (auteur du « Pantacle de l’ange déchu » et disciple de Claude Seignolle) pour avoir relu les textes de ce site, et à Mélanie pour nous avoir simplifié la tâche en nous procurant des bouts de code qui permettaient de répondre à certaines exigences informatiques de ce site.

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